Yassin, mineur au moment des faits, a déclaré avoir reçu des coups de poing au visage. Le surveillant a indiqué l'avoir simplement repoussé.Procès délicat que celui de ce surveillant pénitentiaire à la maison d'arrêt de Reims. Le 14 juin dernier, il a physiquement agressé un détenu mineur dans sa cellule.
CE n'était pas le procès de l'administration pénitentiaire. Ce n'était pas le procès de la prison. Ce n'était surtout pas le procès des détenus et de leur comportement… Mais celui d'un homme qui dans l'exercice de ses fonctions a outrepassé ses droits. La circonstance aggravante étant d'être surveillant pénitentiaire à la maison d'arrêt de Reims.
Le 14 juin dernier, Philippe, 44 ans, surveillant des travaux à la prison depuis 17 ans, a pénétré - sans autorisation - dans la cellule de Yassin, un détenu transféré dans une autre cellule du quartier des mineurs après un incident. Il voulait des explications de vive voix. Il voulait comprendre pourquoi Yassin l'avait insulté lui et ses collègues… mais les choses ont mal tourné. L'adjoint au chef d'établissement devra intervenir pour séparer les deux hommes. C'est là que les versions divergent.
Traumatisme crânien
Philippe dira avoir juste repoussé le jeune garçon, lui avoir mis une claque pour le calmer. Des gardiens témoins diront pourtant qu'il le maintenait sur son lit de la main gauche et lui donnait des coups au visage de la main droite. Le jeune homme en sera bon pour un traumatisme crânien et une hospitalisation. « J'étais juste agacé de me faire insulter copieusement. Je voulais juste lui demander pourquoi », a expliqué le surveillant, à la barre du tribunal. « Lorsque je suis entré dans la cellule, il s'est précipité sur moi, je n'ai fait que le repousser. Je n'ai pas mis de coups de poings, juste des claques. » Yassin ne verra pas les choses de la même façon. « J'étais seul dans ma cellule. Il est entré. Il n'a pas mis des claques, mais des coups de poing ! »
Philippe n'avait pas l'aval de ses supérieurs pour entrer dans cette cellule. Il n'a pas respecté les règles, d'autant que l'incident de l'après-midi était clos.
Le jeune Yassin, qui avait insulté des gardiens de la fenêtre de sa cellule qui donnait sur la cour d'honneur de la maison d'arrêt, avait refusé un changement de cellule. Il s'était alors barricadé avec son armoire et son frigo… Philippe avait prêté main-forte aux autres gardiens pour le déloger et le transférer. L'histoire aurait dû s'en arrêter là… Le gardien aurait dû se contenter de respecter la procédure disciplinaire en rédigeant un compte rendu d'incident. « Les règles n'ont pas été respectées », a insisté le procureur-adjoint, Laurent De Caigny. « Il n'avait aucune qualité pour intervenir dans une cellule du quartier des mineurs. Même s'il refuse de dire qu'il s'agit de violences volontaires, son comportement n'était pas approprié. Les faits sont constitués. Ce jour-là, il a eu un emportement volontairement violent pour des raisons qui sont vraisemblablement liées à la difficulté de l'exercice de son métier… mais il n'avait ni le droit, ni l'autorisation, ni l'aval de ses supérieurs pour se rendre dans cette cellule. » Et de requérir un an de prison avec sursis.
Des réquisitions jugées « extrêmement lourdes » par son avocate, Me Rodriguez, du barreau de Paris. « Vous ne pouvez pas vous dégager du contexte. L'incident s'est passé en milieu carcéral, il ne faut pas l'oublier. Il est question de claques et non de coups de poing. Mon client ne doit pas être le bouc émissaire de cette affaire. »
Philippe a été condamné à 6 mois de prison avec sursis et 1 400 euros de dommages et intérêts.
Source : l'Union Presse
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