mardi 21 février 2012

Entretien paru dans Grand Rouen

Article diffusé suite à notre rencontre avec Sébastien Bailly vendredi derniers.

Pas question de connaître leurs noms de famille. Pas question de publier une photo de leur visage. Nicolas, 26 ans, et Mathieu, 21, ont donné rendez-vous dans un café de la place du Vieux Marché, à Rouen. Ils se présentent comme des cadres de la Vague normande. Un mouvement jeune identitaire. On discute pendant une heure trente. Qui ils sont, ce qu’ils pensent, ce qu’ils font et pourquoi…

Nicolas est ouvrier dans la métallurgie. Syndicaliste, on l’appelle “camarade”. Il a des responsabilités associatives. Mathieu est étudiant en géographie. L’un comme l’autre auraient grandi en banlieue, dans ces zones dites difficiles, où leur sentiment d’insécurité aura prospéré au point d’en faire les adeptes qu’ils sont aujourd’hui de l’autodéfense. “Il faut vraiment chercher pour trouver quelqu’un qui n’a pas été agressé ces six derniers mois”, expliquent-ils, contredisant toutes les statistiques sur la délinquance.

Leur mouvement de jeunes prône donc le sport. La course à pied, la musculation et… la boxe française. “A l’adolescence, on vit un peu dans le pays des Bisounours. Et puis on s’aperçoit que ce n’est pas ça. J’aurai aimé qu’on puisse vivre ensemble. Mais notre communautarisme est une réaction à celui des autres”, expliquent-ils. Il aura donc fallu se défendre” contre la racaille, ontre ceux qui agressent, rackettent, frappent”. Il aura fallu “se protéger”. ”On n’est pas violent. On ne provoque pas la violence. Mais on veut pouvoir se défendre.” Et de raconter leurs faits d’armes, quand ils sont intervenus pour sauver une femme agressée, ici ou là.

La Vague normande n’aurait pas d’existence légale, ni parti politique, ni association. C’est une émanation des Jeunesses identitaires, le tribunal de grande instance de Nice estime que les Jeunesses identitaires sont elles-même une émanation d’Unité radicale, dissoute par le gouvernement en 2002 après l’attentat manqué contre le président Chirac. Ils ne se reconnaissent pas dans cette action, mais les deux jeunes admettent être sous surveillance ”lorsque nous sommes allez rebaptiser les rues de Canteleu pour protester contre la construction de la mosquée, nous avons fait attention à ne pas abîmer le mobilier urbain…” Pas question de prêter le flanc à une condamnation. Un parti politique existe bien : le Bloc identitaire, auquel la Vague normande admet être rattachée. “C’est une locomotive nationale, mais nous sommes contre la centralisation, on n’y prend pas nos ordres, précise Nicolas. Nous sommes un mouvement régionaliste, la Normandie doit être plus autonome, même si nous ne sommes pas indépendantistes.”

Mais que voteront-ils, alors, aux présidentielles ? “Il n’y a pas de consigne, continue Nicolas. Mais à titre personnel, beaucoup voteront pour Marine Le Pen bien que si on était fidèles à nos idées, on ne voterait pas du tout. Le Pen, c’est une façon de mettre en cause le système. Si elle n’était pas là, je voterais peut-être Mélenchon. Ils donnent la parole au peuple. Ce qu’ils disent ils le font.”

Pas question en tout cas de reprendre les propos du ministre de l’intérieur Claude Guéant sur la hiérarchie des civilisations à leur compte. “Juger les civilisations sur leur valeur est une manière immonde d’ingérence. On est totalement anticolonialistes. Notre utopie ? La culture africaine en Afrique. La culture asiatique en Asie. Nous luttons contre l’uniformisation, qui donnerait un monde fade. On est contre l’Islam en Europe. Mais une civilisation ça ne se juge pas. C’est une population qui en décide. Nous sommes 100% identité, 0% raciste.” Et de s’approprier le darwinisme à leur sauce : “les principes du darwinisme, c’est une loi de la nature, et la nature a façonné les choses comme ça : noirs en Afrique, asiatiques en Asie, Indiens en Amérique. Nous somme aussi fortement opposé à l’impérialisme américain qu’islamique. On est pour l’échange culturel. On est de vrais internationalistes. On a un partenariat avec une association camerounaise”.

Faudrait-il ramener les noirs américains en Afrique, leur demande-t-on ? “On a essayé, ça a donné le Libéria… Mais on sait qu’on vise une utopie. On veut au moins que les choses n’aillent pas plus loin.”

Pas plus loin… Et pourquoi militer pour une “Normandie”, pour quelle “Normandie”, qu’est-ce qu’être Normand pour eux ? Les réponses se font plus floues. Ils rappellent la grandeur normande du temps du Duché de Normandie, l’invasion de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant, les différence architecturales visibles entre la Picardie et le nord de la Haute-Normandie. “Moi, je suis ultralocaliste. Je suis même contre les Communautés urbaines, précise Nicolas. Parce que les problèmes d’Elbeuf ne sont pas les problèmes de Rouen.” Jusqu’où faut-il donc séparer le territoire ? “Un comité de quartier connait mieux les problèmes d’un quartier qu’une mairie… A la base, on était les jeunesses identitaires de Rouen. On s’est fédérés avec d’autres, d’où la Normandie. La région était au top culturel avant la révolution.”

La Vague Normande organise des événements “culturels” pour ses membres. Des concerts, des formations. Il faudrait que quelqu’un pense à leur rappeler à l’occasion que le darwinisme est la théorie de l’évolution…

Vague Normande

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