vendredi 24 février 2012

Viande halal : la loi du silence

Les rayons sont bien là, le circuit existe, mais le sujet déplaît Dans la Marne comme ailleurs, une partie des animaux est pourtant abattue selon les pratiques rituelles islamiques. Et ensuite ?

HALAL, ou pas halal ? Dans la région, on ne se bouscule pas au portillon pour évoquer le sujet jugé « trop sensible ». Veut-on ainsi éviter la récupération politique ? Protéger la filière ? Un peu les deux à la fois. Mais pour le consommateur, la question demeure : mange-t-il, à son insu, de la viande provenant d'un abattage rituel ? Pratiquement, la réponse avait déjà été donnée dans une enquête menée par la Direction générale de l'alimentation (DGAL) en 2007. On y apprenait que 12 % des bovins, 13 % des veaux et 49 % des ovins-caprins étaient abattus selon les rites musulmans et israélites en France. Des chiffres bien supérieurs à ce que peut être la clientèle dans l'Hexagone.

Question de confiance

Ici et là, les rayons dits halal ont fleuri dans les hypermarchés, pour répondre à une demande en progression. Où se fournissent-ils ?
Dans le magasin Carrefour de Tinqueux, la réponse est simple. « Le groupe Carrefour ne souhaite pas s'exprimer sur ce sujet pour le moment », nous a-t-on répondu, au risque de jeter un voile opaque sur ce thème. Patron des enseignes Leclerc à Fagnières et à Pierry, Michel Gobillot, lui, ne fait aucun mystère avec ce nouveau marché. « La demande est plus forte depuis deux ou trois ans, alors on s'adapte », confie-t-il. Chez lui, pas de fournisseurs locaux mais plutôt de gros industriels, tant pour la viande bovine, que pour la volaille ou encore la charcuterie libre-service.
« Ces produits sont marketés halal, donc il n'y a aucun risque de confusion », poursuit-il. Est-il pour autant certain que la viande issue d'un rituel religieux ne se retrouve pas dans un autre circuit ? « Ah ! Ça se pourrait, même si nous faisons confiance à nos industriels. Après, si certains trichent, cela ne dure pas éternellement, tout finit par se savoir. »

Impossible de s'informer davantage auprès de l'abattoir Bigard, à Vitry-le-François, qui fournit lui aussi de la viande halal. Quelles sont ses méthodes ? Quelles quantités fournit-il ? L'établissement n'a retourné aucun de nos appels. À Caurel, sur le site d'abattage des Eleveurs de Champagne, on pratique également l'abattage des volailles selon le rituel islamique. « Mais c'est une production microscopique, cela ne représente que moins d'1 % de nos volumes annuels », tient à préciser le patron, Jean-Luc Alnet, quelque peu sur la défensive. D'après lui, le sujet serait évoqué à tort et à travers sans aucune maîtrise. « En tout cas, ajoute-t-il, nous respectons l'ensemble de la réglementation. Quant aux volailles, elles sont saignées à la main, et tournées vers la Mecque. Et je fais appel à une personne habilitée et salariée par la mosquée de Lyon. Ce n'est pas un employé de notre société. »
Dans cette petite boucherie halal de Reims en revanche, on semble s'amuser de tous ces mystères. Et pour Moilay Bouzghba, l'essentiel est que de cette manière, « la viande est meilleure puisqu'elle est vide de sang ». Question de goût.

Source : L’Union Presse

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